Célia FLAUX

POURQUOI CET AUTEUR ?

J’ai découvert cette autrice via un partenariat avec les éditions ActuSF. Son roman « Anergique » a été mon premier coup de coeur 2021.

Pourrais-tu te présenter en quelques mots pour les lecteurs qui ne te connaîtraient pas encore s’il te plaît ?

 Je suis une autrice poitevine d’une quarantaine d’années. J’écris des nouvelles et des romans dans des mondes imaginaires plus ou moins proches du notre (dystopie, science-fiction, fantasy…). Je m’adresse souvent aux adolescents et aux jeunes adultes, car c’est un âge où chacun se cherche et tente de trouver sa place dans une société parfois hostile. 

 Ton dernier “Anergique” est paru en début d’années aux éditions ActuSF. Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur son parcours, j’ai cru comprendre qu’il a été difficile à faire éditer ?

J’ai commencé à travailler sur Anergique en mai 2011, même si j’ai du mal à croire que dix ans se soient déjà écoulés. Après la rédaction du premier jet et une première phase de correction, j’ai participé au concours organisé par un gros éditeur en 2013. Anergique a fini parmi les finalistes et l’éditeur m’a proposé de le corriger dans la perspective d’une publication. Toutefois, après un an de travail, l’éditeur m’a annoncé fin 2014 que ce roman ne rentrait finalement plus dans leur ligne éditoriale.

J’ai bien failli laisser tomber, mais en 2015, l’éditrice qui avait travaillé Anergique avec moi (et qui était tout aussi dégoutée que moi) l’a envoyé à Roxane Edouard, une agente qui cherchait des auteurs français à représenter. Roxane a eu le coup de foudre pour ce roman. Je l’ai corrigé avec elle et il nous a fallu un certain temps avant de trouver le bon éditeur pour ce roman.

Finalement, Anergique est sorti chez Actu SF grâce à mon éditeur, Jean-Laurent Del Socorro, qui a parfaitement saisi le sens de ce roman. Merci à lui et Jérôme Vincent.

Dans « Anergique », tu évoques un système de magie très original. Les lynes manipulent la magie mais pour cela ils ont besoin de drainer l’énergie des denas. Comment t’es venu l’idée ?

J’ai fait une overdose de romans vampiriques et je me suis promis de ne jamais écrire sur ce thème. Muse l’a interprété comme un défi. J’ai donc imaginé un univers dans laquelle la moitié de la population, les lynes, a besoin de boire l’énergie de la seconde moitié, les denas, pour survivre. Ces relations d’interdépendance et ces rapports de force inégaux me fascinent. J’ai choisi le cadre rigide de l’Angleterre victorienne pour les exacerber.

Tu joues beaucoup sur les oppositions dans “Anergique” : lynes /Denas ; noble / bas peuple. Tu casses également les préjugés, ici la victime est un homme et le prédateur une femme. C’était important pour toi de mettre en avant ces différents rapports de force ?

Oui, c’est essentiel. Je voulais jouer avec les genres pour montrer l’absurdité des préjugés qui y sont associés. La plupart des cultures inscrivent en nous de fausses images de ce que doit-être une femme, de ce que doit-être un homme, et j’aime les déconstruire. La force et la faiblesse varient selon les circonstances de la vie. Personne n’est toujours fort, ni toujours faible. Savoir accepter ses faiblesses, n’est-ce pas la plus grande force ?

“Anergique” a été un vrai coup de cœur. Une suite est-elle prévue ? ou une préquelle peut-être ?

Pas pour l’instant, car je travaille sur un autre projet.

Dans “Le cirque interdit” publié chez Scrineo, tu nous plonges dans un dystopie où un parti totalitaire prend le pouvoir et interdit une bonne partie des libertés du peuple sous prétexte de sécurité. Comment te sont venues tes premières idées ? 

J’ai tout d’abord fait un rêve dans lequel le gouvernement me reprochait d’écrire des livres qui incitait les gens à prendre des risques inconsidérés. En me réveillant, j’ai réfléchi à la notion de risque acceptable, à l’opposition entre sécurité et liberté. Toutefois, c’est en regardant le cirque du soleil à la télévision que ce roman est né. Je trouve qu’il aborde des thèmes plus actuels que jamais. Chacun doit mesurer les risques qu’il est prêt à prendre au quotidien.

Au travers du roman, tu décris un univers du cirque assez féerique avec un penchant pour les clowns. Pourquoi ce choix ?

Le clown présente de multiples facettes. Il provoque le rire, parfois à ses dépens, mais aussi la tristesse et la peur. Que cache le maquillage du clown ? Une âme de poète, ou le « Ça » de Stephen King, qui utilise l’apparence facétieuse du clown pour s’attaquer aux enfants ? Le talent premier d’un clown, c’est de savoir susciter l’émotion chez le spectateur. J’essaie d’atteindre le même objectif avec des outils différents.

Dans “Anergique” et “Le cirque interdit”, tu utilises une narration à la première personne et au présent. C’est assez singulier dans les romans de nos jours. Qu’est ce qui t’a poussé à ce choix narratif ? Comptes-tu expérimenter d’autres types de narration ?

Ce n’est pas un choix conscient. L’histoire naît sous cette forme et je la retranscris de cette façon. 

La première personne et le présent permettent une immersion totale dans la tête et le corps des personnages. J’aime cette sensation de partage sans filtre. Dans Anergique et Le cirque interdit, deux points de vue se confrontent mais, dans Iceltane, tout est écrit du point de vue de l’héroïne, ce qui rend la gestion des informations encore plus difficile.

J’écris à la troisième personne et au passé en ce moment. Avec cette narration, les changements de point de vue sont plus fluides et j’en introduis davantage. Elle permet aussi aux personnages de garder certains secrets pour eux. 

J’ai cru lire que tu te qualifiais d’autrice jardinière mais aussi tortue. Peux-tu nous en dire plus ?

Je suis jardinière, au contraire des auteurs architectes, car je rédige mes premiers jets sans scénario préalable. Voici une petite liste de tout ce que je ne fais pas : une carte, des fiches personnages, un plan détaillé, un synopsis… Quand je commence un roman, j’écris directement. Cette méthode semble moins rationnelle, mais elle fonctionne pour moi car je préfère laisser plus de place à l’imagination pendant l’écriture.

Pour en savoir plus sur ma façon de structurer un roman, c’est par ici.

Je suis une tortue car j’écris lentement, mais sûrement. J’écris un petit peu tous les jours. Je ne peux pas rivaliser avec les lièvres qui écrivent un roman en un mois, mais ma persévérance me permet tout de même d’atteindre la ligne d’arrivée.

Quels sont les bons et les mauvais côtés du métier d’auteur ?

C’est vrai ! J’ai cette capacité à me concentrer à peu près n’importe où mais c’est quand même fatiguant et quand le cent-millième « maman » de la journée retentit au milieu d’une phrase compliquée, de la recherche d’un mot ou d’une idée plus fuyante que du savon, c’est parfois frustrant… mais entre ça ou ne pas écrire du tout, c’est tout vu ! Et puis il y a les siestes (quoique je n’en ai plus pour des années). Bref, je m’adapte et vole tout le temps possible. 

De ce fait, je n’ai aucune routine d’écriture et pour cause, mais avec le temps, j’ai pris l’habitude de réfléchir à l’histoire en cours au volant, ou en m’endormant. Ça permet de calmer le hamster qui pédale dans ma tête et du coup, lorsque je me trouve devant mon clavier, je sais exactement par quelle idée commencer… Le reste se déroule au fil de l’écriture puisque je suis jardinière, ce qui fait que certaines scènes auraient pu être totalement différentes, en fonction du contexte sonore dans lequel je les ai écrites !

Quels sont les bons et les mauvais côtés du métier d’auteur ?

Je possède un monde intérieur qui m’accompagne tout le temps. Je découvre, j’expérimente, je partage, je ne m’ennuie jamais. Écrire des histoires me permet d’apprendre à me connaître, et de mieux comprendre ce qui m’entoure. C’est passionnant.

Toutefois, il existe un décalage entre la valorisation du métier d’auteur en termes d’image et de revenu. Les auteurs gagnent entre 5 et 10% du prix d’un livre HT. Le tirage moyen d’un livre en France s’élève à 5000 exemplaires. Un auteur gagne en moyenne entre 5 000 € et 10 000 € par livre publié, sachant qu’il faut enlever les cotisations sociales, les impôts etc. Faute de statut social, les auteurs n’ont pas d’arrêt maladie, pas de congé maternité, pas de retraite. 20% des auteurs vivent sous le seuil de pauvreté, 40% touchent à peine un SMIC. Voilà les mauvais côtés.

En dehors de ton activité d’écrivain, exerces-tu un autre travail ou vis-tu de ta plume ? Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire ?

À quinze ans, j’ai fait un rêve magnifique la nuit de noël. Le lendemain, j’ai commencé à l’écrire pour ne pas l’oublier. Depuis, j’ai toujours un roman en cours, mais j’exerce un autre métier pour ne pas dépendre de l’écriture financièrement parlant. Je veux me sentir libre d’écrire ce que je veux quand je veux.

Quelle lectrice es-tu ? Que lisais-tu quand tu étais enfant et adolescente ? Tu as des auteurs chouchous ?

Je lisais énormément quand j’étais jeune, mais j’ai moins le temps maintenant. J’ai toujours aimé la science-fiction et la fantasy, qui me permettent de voir le monde sous un autre angle. J’ai dévoré les Isaac Asimov de mon père et je me souviens avec émotion de la collection AutreMondes (Mango jeunesse) avec des auteurs comme Ange et Danielle Martinigole.

Tu livres quoi en ce moment ?

Je viens de relire plusieurs romans de Jane Austen (Orgueil et Préjugés, Emma, Persuasion), à la lumière de podcasts qui analysent son écriture, comme celui du Dr Octavia Cox.

Puis, je me suis plongée dans Les Furtifs, d’Alain Damasio.

J’ai vu que tu étais fan d’origami, d’où te viens cette passion ?

J’aime la papeterie et la culture japonaise. Les motifs japonais sont si délicats, si colorés ! L’origami me permet de faire le vide dans mon esprit, puis de prolonger le lien avec mes lecteurs. En effet, j’offre des origamis lors des dédicaces. Je choisi des modèles en lien avec mes romans, comme vous pouvez le voir par ici

Quels sont tes projets à venir ?

Je travaille sur Porcelâme, une trilogie de fantasy japonaise dont le premier tome sortira en octobre. Tu y retrouveras une société rigide, une mystérieuse criminelle et une jeune femme en quête de liberté. 

Merci à toi pour le temps consacré à cet entretien. Je te laisse le mot de la fin.

Pour prolonger cette discussion, je vous propose de me retrouver sur les réseaux sociaux, de vous abonner à ma lettre du moi(s), ou de venir me voir en dédicace. La saison des festivals et des salons revient, je vais annoncer les lieux et les dates sur les réseaux sociaux au cours des prochains mois. Ces rencontres me manquent, j’ai hâte de retrouver mes lecteurs !

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